Les plus belles phrases sur la Paix de Pape François 

 

Artisan de la paix

 

Par Armand Nanga

 


    Le mot « paix » s'invite fréquemment dans nos échanges, que ce soit sur des questions vitales ou sur des sujets de moindre importance, au point où l'on n'en prend même plus la pleine mesure. A l'instar de beaucoup d'autres, ce mot est aujourd'hui galvaudé, parce que brandi pour trop souvent justifier tout et n'importe quoi. Il peut donc paraître a priori banal de s'atteler à une réflexion sur le thème de la paix.

 

    Pourtant, si la paix est aussi souvent évoquée, c'est sans doute parce que l'actualité la plus ordinaire n'en offre généralement pas une illustration satisfaisante. En effet, un simple survol de cette actualité révèle que la paix est constamment mise à rude épreuve, à l'échelon individuel comme sur le plan collectif. En témoignent les agressions multiformes, de nature physique ou autre, ainsi que les affrontements meurtriers, relatés par la presse, et singulièrement par la télévision à l'appui d'images traumatisantes. Curieusement, ces images sont reproduites par le cinéma, la publicité, les jeux électroniques, et même « simulées » par de nouveaux modes de divertissement dits « jeux de guerre » qui hélas, sèment la mort ! Il est donc préoccupant que nos sociétés, dites modernes, s'accommodent de conditions de vie aussi brutales, si l'on en juge par l'indifférence quasi-générale, si ce n'est par l'étonnante adhésion, qui entoure un tel climat de violence.

 

    Heureusement, nombreux sont ceux qui appellent de leurs vœux l'instauration d'une ambiance générale plus apaisée. C'est même une aspiration profonde qui habite bien plus de personnes qu'il n'y paraît. Il en est ainsi pour certains adeptes des religions, pour des personnes n'ayant aucune démarche du genre, ou encore pour d'autres qui ont choisi une voie initiatique. C'est en particulier le cas des membres de l'Ordre de la Rose-Croix, qui s'attachent à œuvrer pour la paix, ayant à cœur de la cultiver en eux et autour d'eux. Femmes et hommes appelés « Rosicruciennes » et « Rosicruciens », ils mènent une quête spirituelle, au sein de ce « mouvement philosophique, initiatique et traditionnel, actif dans le monde entier et qui perpétue les enseignements que les Rose-Croix se sont transmis à travers les âges ».

 

    Quoi qu'il en soit, tout individu est un jour ou l'autre amené à s'interroger sur ce qu'à son échelle il pourrait faire pour la paix, a fortiori lorsqu'il aspire à œuvrer en sa faveur, au sens d'en être un artisan. Mais encore faut-il déjà se demander ce qu'il ne devrait pas faire, tant la paix est rendue précaire par les choix des uns et des autres. Que ne pas faire et que faire donc, pour la paix ? En rapport avec cette double interrogation, les développements qui suivent ouvrent quelques pistes de réflexion, à partir de commentaires articulés autour de deux documents rosicruciens. Ainsi, dans la première partie, une relecture du Credo de la paix prescrit implicitement de ne pas se rendre « coupable de guerre », au regard des comportements qu'il flétrit. Quant à la seconde partie, elle énonce, à travers la Contribution rosicrucienne à la paix, des voies d'édification de la paix qui, en définitive, se révèlent indissociables d'un idéal humaniste et spiritualiste.

Non-coupable de guerre

 

    D'une manière générale, l'évocation de la paix renvoie à l'idée d'une absence de violence, et donc à la non-violence qui, dans son acception courante, désigne « le refus de recourir à la violence ». Cela sous-entend que le choix subsiste de recourir ou non à la violence, l'alternative étant laissée à chacun d'adopter un comportement qui la bannit ou qui, au contraire, en fait usage. Or, dans ce dernier cas, elle finit par s'ériger en règle, conformément à l'adage selon lequel « la violence appelle la violence » et fait malheureusement surgir d'horribles guerres, qui n'épargnent rien ni personne. Ces guerres sont d'autant plus déplorables qu'à l'origine, elles sont toujours le fait des hommes et de leurs choix erronés. C'est ce qui explique qu'hier comme aujourd'hui des femmes et des hommes de bonne volonté se sont investis et continuent de s'investir pour la paix. C'est le cas de l'action bien connue pour la non-violence du Mahatma Gandhi et du Pasteur Martin Luther King, ainsi que de l'irréductible engagement au service de la paix de nombreuses figures emblématiques de renommée mondiale, comme d'innombrables personnes anonymes...

 

    À cet égard, le texte universellement connu sous l'appellation de Credo de la paix est une référence. Il a été écrit par le grand mystique et philosophe Ralph Maxwell Lewis, qui a vécu de 1904 à 1987 et qui fut Imperator de l'Ordre de la Rose-Croix de 1939 à son décès. L'intitulé de ce texte comporte le mot latin Credo qui signifie littéralement « Je crois ». Ce mot désigne habituellement la profession de foi chrétienne qu'il introduit d'ailleurs, tandis que par extension, il renvoie à « l'ensemble des principes sur lesquels chacun fonde ses opinions et sa conduite ».

   

                                                              

Credo de la Paix

 

Je suis coupable de guerre quand j'exerce orgueilleusement mon intelligence au détriment de mes frères humains.

Je suis coupable de guerre quand je déforme les opinions des autres lorsqu'elles diffèrent des miennes.

Je suis coupable de guerre quand je ne tiens pas compte des droits et des possessions des autres.

Je suis coupable de guerre quand je convoite ce qu'un autre a honnêtement acquis.

Je suis coupable de guerre quand je cherche à maintenir la supériorité de ma position en privant les autres de leurs opportunités d'avancement.

Je suis coupable de guerre si je m'imagine que ma famille et moi-même devons être privilégiés.

Je suis coupable de guerre si je crois qu'un héritage me donne le droit de monopoliser les ressources de la nature.

Je suis coupable de guerre quand je crois que les autres doivent penser et vivre comme je le fais.

Je suis coupable de guerre quand je fais dépendre le succès dans la vie, de la force, de la réputation et de la richesse.

Je suis coupable de guerre quand je pense que la conscience des gens devrait être soumise par la force plutôt que suivre la raison.

Je suis coupable de guerre quand je crois que le dieu que je conçois est celui que les autres doivent admettre.

Je suis coupable de guerre quand je pense que le pays qui a vu naître quelqu'un doit nécessairement être le lieu où il doit passer sa vie.


Ralph M. Lewis, F.R.C.

    Dans cette dernière acception, le Credo de la paix stigmatise un certain nombre d'agissements potentiellement porteurs de violence, dans le but d'encourager implicitement la conduite opposée, inspirée par la non-violence. Autrement dit, lorsqu'il proclame la « culpabilité » de quiconque incarne les pensées, paroles ou actes qu'il blâme, en raison de leur capacité à générer la guerre, c'est précisément pour susciter l'adhésion à des comportements en faveur de la paix. Aussi, faut-il admettre qu'en dépit de ses récurrentes références à la guerre, ce texte constitue une véritable « déclaration de... paix » !

 

    Il l'est d'autant plus qu'il donne, à celui qui s'y réfère, l'opportunité de se fixer les limites à ne pas franchir dans sa conduite, pour éviter de se rendre « coupable de guerre », celle-ci pouvant être prise au sens propre comme au sens figuré. Il s'y ajoute que l'approche didactique de ce texte met chacun face à sa conscience et ne s'accommode d'aucune compromission, et surtout pas de celle qui consiste à prêcher la paix alors que ses propres agissements ont tout pour provoquer, auprès d'autrui, des réactions belliqueuses. C'est sans doute cette approche didactique qui explique l'usage péremptoire du « JE » dans l'invariable formule « Je suis coupable de guerre... », par laquelle commencent les douze affirmations du Credo de la paix, comme l'indique l'examen suivant de quelques-unes d'entre elles.

 

    La première de ces affirmations s'énonce comme suit : « Je suis coupable de guerre, quand j'exerce orgueilleusement mon intelligence, au détriment de mes frères humains. » Elle met à l'index l'une des manifestations les plus négatives de l'ego, à savoir l'orgueil. Celui-ci est connu pour être à l'origine des plus graves dégâts que la nature humaine peut s'infliger. Quiconque en fait preuve est enclin à rabaisser sa « victime » pour se mettre en valeur, la blessant ainsi dans son amour-propre et la faisant ordinairement réagir de manière agressive. C'est ce qui conduit à de fâcheuses confrontations, qu'une attitude plus humble aurait pourtant permis d'éviter.

 

    Par les mêmes voies que l'orgueil, l'injustice conduit aussi à de regrettables confrontations, dans la mesure où elle s'emploie à léser dans ses droits celui au détriment de qui elle s'exerce. Le constat de la troisième affirmation à ce sujet, est sans appel : « Je suis coupable de guerre, quand je ne tiens pas compte des droits et des possessions des autres. » De nombreux conflits naissent du genre d'injustice ainsi dépeint, qu'elle s'applique au domaine commercial, aux questions foncières ou à tout autre sphère d'activité. Mais tout compte fait, une telle spoliation « des droits et des possessions des autres » est habituellement dictée par l'envie. C'est en effet parce qu'il s'est trouvé quelqu'un pour convoiter la situation ou les possessions de la personne lésée, que les droits de celle-ci ont été inconsidérément bafoués et qu'il en résulte une situation conflictuelle. L'illustration en est d'ailleurs faite par la quatrième affirmation dont le libellé incite, a contrario, à l'intégrité : « Je suis coupable de guerre, quand je convoite ce qu'un autre a honnêtement acquis. »

 

    Quant à la sixième affirmation, elle met en garde contre la recherche d'avantages, abusivement fondée sur des considérations familiales ou claniques : « Je suis coupable de guerre, si je m'imagine que ma famille et moi-même devons être privilégiés. » Cette affirmation renvoie à l'état d'esprit des personnes imbues du préjugé déplorable selon lequel tous les privilèges leur sont dus, ainsi qu'à leurs proches, du simple fait de l'arbre généalogique dont elles se réclament. Des mentalités du genre ont souvent servi de détonateur à des soulèvements meurtriers qui auraient été évités, si des desseins plus altruistes avaient habité les personnes concernées.

 

    Sous le même rapport égocentrique, l'instinct d'accumulation se révèle dangereux, quand il s'exerce sur des biens publics ou sur un patrimoine appartenant à tous, dans la mesure où il conduit aux pires inégalités. C'est en particulier le cas, lorsqu'il s'agit de ressources naturelles, comme le souligne la septième affirmation : « Je suis coupable de guerre, si je crois qu'un héritage me donne le droit de monopoliser les ressources de la nature. » L'accaparement ainsi décrit est fréquemment source de conflits, qu'ils prennent la forme de guerres d'appropriation des ressources naturelles, de guerres des débouchés ou de guerres des prix de ces ressources. Pour s'en convaincre, il suffit de songer à toutes les hostilités, pour le moins circonscrites au domaine économique, et auxquelles l'Histoire a donné les noms de « guerre du pétrole », « guerre de la banane », « guerre du thon », « guerre du coton », etc. Et ce n'est pas un hasard si les plus grands foyers de tensions armées se situent dans des zones connues pour leurs richesses naturelles, et surtout minières. Toutes nées des prétentions des uns et des autres à « monopoliser » l'exploitation de ces richesses, ces guerres évoluent généralement vers un épilogue pacifique, pour peu que les protagonistes consentent à déployer quelques efforts de détachement.

 

    Parallèlement aux motivations d'ordre économique qu'elle retient pour expliquer la genèse des conflits, l'Histoire enseigne également que nombre de guerres naissent de l'intolérance, à laquelle se réfère comme suit la huitième affirmation : « Je suis coupable de guerre, quand je crois que les autres doivent penser et vivre comme je le fais. » Or, parmi les multiples formes revêtues par cette intolérance, se trouve la xénophobie, qui fait vraisemblablement l'objet de la réprobation ci-après de la douzième et dernière affirmation du Credo de la paix : « Je suis coupable de guerre, quand je pense que le pays qui a vu naître quelqu'un doit nécessairement être le lieu où il doit passer sa vie. »

 

    Au sens strict, cette affirmation soulève entre autres les délicates questions de la libre circulation des personnes, du séjour des étrangers et, singulièrement, du drame récurrent de l'immigration clandestine. D'une brûlante actualité, ces questions donnent lieu à des situations bouleversantes qui surviennent fréquemment à l'occasion de la recherche d'une vie meilleure par les intéressés, eu égard aux conditions pénibles, voire inhumaines, qui prévalent dans leurs pays d'origine. De telles questions mériteraient d'être traitées, non seulement sous un angle économique et social global, mais aussi de façon à en préserver toute la dimension humaine et à garantir les intérêts et droits fondamentaux, aussi bien des immigrants que des pays d'accueil. Sous cet angle, il serait providentiel que les plus hauts dirigeants concernés s'accordent sur des solutions hardies et dénuées de calcul démagogique, pour procurer une aide humanitaire conséquente aux personnes déplacées, ainsi que pour désamorcer les crises auxquelles les pays d'origine sont en proie.

 

    Par-delà le lieu de naissance formellement visé, cette douzième affirmation pourrait s'étendre au sectarisme qu'elle pourrait également concerner, notamment lorsqu'il repose sur la race, la couleur de la peau, la morphologie, etc. Ces formes répréhensibles de ségrégation subsisteront avec les mêmes dommages, tant que les uns et les autres ne se considéreront pas comme de simples citoyens du monde, sans égard pour leurs origines, leurs appartenances ethniques ou toute autre particularité physique.

 

    En tout état de cause, les formes les plus dommageables d'intolérance sont connues pour couramment sévir dans les domaines politique et religieux, sous la forme affligeante du fanatisme. À ce titre, bien des acteurs de la « politique politicienne » sont de ceux qui, selon les termes de la neuvième affirmation, rendent « le succès dans la vie » uniquement tributaire « de la force, de la réputation et de la richesse ». Prêts à tout pour parvenir à leurs fins, ils s'autorisent même, dans un esprit évidemment partisan, à « dénature[r] les opinions d'autrui qui diffèrent » des leurs, comme le condamne la
deuxième affirmation du Credo de la paix.

 

    Quant au domaine religieux où elle s'allie couramment à l'obscurantisme, l'intolérance use de la brutalité aveugle, pour autoriser un individu ou un groupe d'imposer à autrui sa propre conception de Dieu. Elle est ainsi dénoncée par la onzième et avant-dernière affirmation : « Je suis coupable de guerre, quand je crois que le Dieu que je conçois est celui que les autres doivent admettre. » Malheureusement, cette affirmation se vérifie par les trop fréquents actes de violence intégriste perpétrés par ceux qui, se croyant investis de la « mission d'enrôler » les autres à leur religion, choisissent de la leur imposer par tous les moyens, y compris par la barbarie. Pire encore, pendant qu'ils se proclament croyants, ils commettent des crimes abominables, prétendument au nom du Dieu que, pourtant, toutes les religions s'accordent à définir comme étant l'Amour infini ! Dans ces conditions, il faut bien admettre que la simple croyance en Dieu ne rend pas l'homme forcément meilleur, pas plus qu'elle ne suffit à le rendre pacifiste. D'ailleurs, il est à se demander si une telle violence extrémiste n'est pas due à l'étrange conception de Dieu que les intéressés entretiennent ou plutôt, à leur compréhension dévoyée de la croyance en Lui, à moins qu'elle ne s'explique simplement par leur « folle ignorance ».

 

    Dans tous les cas, cette dernière hypothèse prévaut, même si elle ne manque pas d'interpeller. Elle contribue d'ailleurs à redonner tout son sens à l'ancien adage selon lequel « c'est de l'ignorance et de l'ignorance seulement que l'homme doit s'affranchir ». Or, ce qui peut délivrer de l'ignorance, c'est assurément la Connaissance qui libère, spécialement lorsqu'elle est prise dans son sens traditionnel de « science des mystères ». Du fait que celle-ci renvoie aux mystères de l'existence tels que la naissance, la vie, la maladie, la mort, l'âme et la réincarnation, la science des mystères n'est autre que le mysticisme qui a trait à l'étude, ainsi qu'à l'application des lois régissant l'univers, la nature et l'homme lui-même.

 

    Il en est ainsi du mysticisme des Rose-Croix, pour qui Dieu est « l'Intelligence universelle qui a pensé, manifesté et animé toute la Création, selon des lois immuables et parfaites ». Admettant qu'Il est inintelligible et inaccessible pour l'homme, les Rosicruciens s'appliquent à étudier l'ensemble des lois par lesquelles Il se manifeste, à défaut de pouvoir Le connaître directement. Considérant que le but de tout être humain sur Terre est d'atteindre la perfection, ils estiment que c'est en étudiant de telles lois, tout en vivant en harmonie avec elles, que l'homme peut devenir meilleur et se rapprocher autant que possible de la sagesse. Dites « divines » ou « cosmiques », ces lois peuvent être naturelles, comme celles qui gouvernent les saisons, universelles, comme celle qui régit la gravitation, ou spirituelles, ainsi que l'est le Karma, c'est-à-dire la loi de compensation ou loi de cause à effet.

 

    Au total, le « Credo de la paix » dépeint dans ses douze affirmations des comportements foncièrement individualistes et matérialistes à ne pas incarner, dans le souci de ne pas se rendre « coupable » de la « guerre » qu'ils engendrent. Il apporte ainsi des réponses pragmatiques à la question de savoir ce que ne devrait pas faire celui qui aspire à œuvrer pour la paix et à la « tisser », à la manière d'un artisan. Mieux encore, en lieu et place des comportements en cause, ces affirmations engagent tout artisan de paix à adopter la conduite opposée. Aussi une telle conduite, qui vise à résolument contribuer à la paix, devrait-elle s'articuler autour d'un idéal humaniste et spiritualiste. Si le Credo de la paix véhicule l'esprit de cette conduite, il en laisse sans doute à chacun, pour ce qui est de la lettre, le libre choix des voies et moyens.

Humaniste et spiritualiste

 

    Sous ce rapport, un autre document, intitulé Contribution rosicrucienne à la paix, suggère un certain nombre de voies et moyens d'édifier activement la paix. Il est à maints égards, assimilable au Credo de la paix dont il reconduit d'ailleurs le format. Ainsi, il énonce une série d'aphorismes, sous la forme d'une succession de dix points, qui tous commencent par la formule solennelle : « Je contribue à la paix, lorsque je... ». Suit alors, à chaque point, la description succincte d'une attitude réputée générer la paix. Aussi, la Contribution rosicrucienne à la paix s'inscrit-elle dans le même dessein pacifiste que le Credo de la paix dont elle complète opportunément les mises en garde.

 

                                                           

Contribution rosicrucienne à la paix

 

Je contribue à la paix lorsque je m'évertue à exprimer le meilleur de moi-même dans mes relations avec autrui.

Je contribue à la paix lorsque je mets mon intelligence et mes compétences au service du Bien.

Je contribue à la paix lorsque j'éprouve de la compassion à l'égard de tous ceux qui souffrent.

Je contribue à la paix lorsque je considère tous les êtres humains comme mes frères et sœurs, quelles que soient leur race, leur culture et leur religion.

Je contribue à la paix lorsque je me réjouis du bonheur des autres et prie pour leur bien-être.

Je contribue à la paix lorsque j'écoute avec respect et tolérance des opinions qui divergent des miennes ou même qui s'y opposent.

Je contribue à la paix lorsque j'utilise le dialogue plutôt que la force pour régler tout conflit.

Je contribue à la paix lorsque je respecte la nature et la préserve pour les générations futures.

Je contribue à la paix lorsque je ne cherche pas à imposer aux autres ma conception de Dieu.

Je contribue à la paix lorsque je fais de la paix le fondement de mon idéal et de ma philosophie.

 
    Ardent plaidoyer pour la paix, ce texte exhorte à son instauration avec simplicité et concision. Il se conjugue à la première personne du singulier et se réfère à des conceptions idéalistes, profondément ancrées dans la philosophie rosicrucienne, comme le laisse prévoir cette épithète, dans son intitulé. Il se révèle donc empreint de l'humanisme et de la spiritualité qui sous-tendent cette philosophie. D'une manière générale, l'humanisme renvoie à « toute théorie ou doctrine prenant pour fin la personne humaine et son épanouissement ». Il vise par conséquent à œuvrer pour le bonheur des hommes, quels qu'ils soient. Or, même si les Rose-Croix n'en ont pas l'exclusivité, c'est la mission qu'ils se sont assignée et poursuivent depuis des siècles, notamment à travers leurs enseignements sur l'univers, la nature et l'homme lui-même. S'il y a en cela un réel gage de paix, la question se pose néanmoins de savoir comment cet élan humaniste peut, dans la pratique, concourir à la paix.

 

    Des réponses explicites à cette question sont apportées par les dix points de la Contribution rosicrucienne à la paix où un tel élan humaniste apparaît dès le premier. Celui-ci privilégie sans détour les « relations avec autrui » et incite qui veut contribuer à la paix à investir ce qu'il a de « meilleur » dans ces relations. Le même élan humaniste inspire la bienveillance, sous-jacente au deuxième point, qui exhorte à mettre son intelligence et ses compétences « au service du Bien ». Il suscite au troisième point « la compassion à l'égard de tous ceux qui souffrent ». Dans une perspective plus large, il fonde également la fraternité à laquelle se réfère le quatrième point qui appelle à considérer « tous les êtres humains comme [ses] frères et sœurs, quelles que soient leur race, leur culture et leur religion. »

 

    Les sixième et septième points ont trait à la tolérance et à la non-violence, socles de tout dessein humaniste et qui supposent une réelle inclination à la mansuétude vis-à-vis de ses semblables. N'est-ce pas cette inclination qui, associée à une générosité certaine, porte à se réjouir « du bonheur des autres » et à prier « pour leur bien-être », ainsi que le suggère le cinquième point ? À propos de bien-être, il est indéniable que celui de tous dépend du respect de chacun pour la Nature, avec laquelle il a tout intérêt à vivre en harmonie. Se garder en effet d'agresser son environnement naturel et veiller à le préserver contribuent à garantir non seulement sa propre survie, mais aussi celle des « générations futures ». La question mérite d'être prise d'autant plus au sérieux que la vie sur Terre est menacée par le comportement inconsidéré de l'homme à l'endroit de la Planète. C'est ce qui explique la place réservée à l'écologie au huitième point, en parfait accord avec le penchant humaniste susvisé, lequel s'étend à toutes les formes de vie, y compris à celle des animaux. Eu égard à ce respect « sacré » pour la nature et pour toute vie, l'écologie renferme incontestablement une dimension transcendantale qui fonde d'ailleurs les Rosicruciens à prôner une « écologie spirituelle ». Cette dimension imprègne, au-delà du huitième point, l'ensemble de la Contribution rosicrucienne à la paix. Dès lors, force est de constater que la spécificité rosicrucienne de ce texte en recoupe aussi bien le caractère humaniste que la profonde orientation spiritualiste. Celle-ci est particulièrement mise en lumière par ses deux derniers points, à savoir le neuvième et le dixième.

 

    Le neuvième se réfère expressément à Dieu et renvoie sans équivoque à la spiritualité, puisque celle-ci s'entend de « la croyance en une dimension spirituelle de l'existence qui, pour l'essentiel, se rapporte à l'âme dans l'homme et à Dieu dans la Création ». Cependant, la conception de Dieu pouvant varier d'un individu à l'autre, ce point subordonne le maintien de la paix à la nécessité de se garder d'imposer sa propre conception aux autres. Cette nécessité est d'ailleurs sous-jacente à la formule rosicrucienne « Dieu de notre cœur, Dieu de notre compréhension » qui exalte la « coexistence pacifique » de toutes les conceptions, puisqu'elle invoque la Divinité, telle que chacun La conçoit, au stade actuel de son évolution. Quant au dixième et dernier point, il évoque les notions d'« idéal » et de « philosophie », en recommandant de les fonder sur la paix. En rapport avec l'éthique, ces notions sont liées à la spiritualité, car « idéal » désigne « ce qui possède toutes les qualités souhaitables », tandis que « philosophie » signifie littéralement « amour de la sagesse », laquelle correspond à la « manifestation de toutes les qualités ».

 

    Dans cet ordre d'idée, la Contribution rosicrucienne à la paix apparaît comme une exhortation globale à incarner les différentes qualités évoquées par chacun de ses dix points. Il s'agit entre autres de la bienveillance, de la compassion, de la fraternité, de la tolérance, de la non-violence, de la générosité, ainsi que du respect de la Nature et de toute forme de vie. Ces qualités, comme toutes les autres, sont généralement attribuées à « l'intelligence du cœur » et il n'est a priori pas donné à tout être humain de les manifester. S'assimilant à des vertus, chacune d'elles nécessite en effet, pour être intégrée, beaucoup de temps d'apprentissage, parfois de nombreuses décennies et même plusieurs vies, ce qui fonde logiquement le concept de la réincarnation.

 

    Pourtant, qu'il en ait conscience ou non, chacun porte virtuellement en lui toutes les vertus, à charge pour lui de les refléter dans sa conduite. Lorsqu'il y parvient un tant soit peu, il en ressent toujours une profonde satisfaction intérieure. Pour autant qu'il persévère, il entre en résonance avec son être spirituel, au point d'en tirer sérénité et paix intérieures, en même temps qu'un réel perfectionnement de soi. Aussi l'expression de cette paix, tout comme la manifestation des multiples vertus de « l'intelligence du cœur », puise-t-elle son impulsion dans cet ancrage intérieur à « l'étincelle divine » que l'âme irradie en chacun.

 

    Une illustration d'une admirable simplicité en est faite par le premier point de la Contribution rosicrucienne à la paix. Dans la forme, ce point mentionne le verbe « s'évertuer » qui veut dire « faire de gros efforts » et dans lequel s'enracine le mot « vertu ». En effet, incarner une vertu requiert ordinairement un effort sur soi-même. Cette forme de dépassement procède de ce qu'il y a de « meilleur » en l'homme, puisqu'elle fait appel à ce que la nature humaine a de plus divin et que les spiritualistes s'accordent à admettre comme étant l'âme. C'est donc celle-ci qui incite chacun à la vertu, dans sa conduite. Quant au fond, ce premier point établit que sous l'impulsion du « meilleur » de soi-même, chacun « contribue à la paix » et donc qu'une conduite sous-tendue par l'âme est porteuse de paix. Pour s'en convaincre, il suffit de songer au fait qu'étroitement associée à l'âme, la vertu inspire immanquablement vis-à-vis d'autrui une attitude compréhensive, conciliante et toujours génératrice de paix. Il en est ainsi a fortiori, lorsque cette attitude s'inscrit dans la dynamique de quête d'un idéal de comportement, où la placent autant ce premier que les deux derniers points susvisés de la Contribution rosicrucienne à la paix.

 

    C'est ce que s'efforcent de mettre en application les Rosicruciens qui ont à cœur d'éveiller en eux et de manifester au quotidien les vertus de l'âme, comme celles qui ont été citées ci-dessus. À cette fin, ils pratiquent l'alchimie mentale et spirituelle qui consiste à transmuter chacun de leurs défauts en sa qualité opposée, c'est-à-dire chacun des défauts qui auraient pu les rendre « coupable [s] de guerre », en vertu. Cette alchimie induit ainsi la transformation de ce qui est « arme de guerre », en « matériau de construction de la paix » ! Il s'agit donc d'un incontestable instrument d'édification de la paix qu'enseigne le mysticisme rosicrucien.

 

    Par ailleurs, empreint de « la plus large tolérance, dans la plus stricte indépendance » qu'énonce la devise de l'Ordre de la Rose-Croix, ce mysticisme cultive le désir sincère aussi bien d'étudier, de comprendre et de connaître, que d'appliquer et de se parfaire. Il incite à édifier en soi la « Paix profonde », si chère au cœur des Rosicruciens, et qui résulte d'un sentiment de quiétude sur tous les plans de l'être, à savoir sur les plans physique, mental, émotionnel et spirituel. Dans le même temps, il s'attache à en faire bénéficier l'ensemble de l'humanité, conformément à la mission multiséculaire des Rose-Croix. Voilà pourquoi le mysticisme rosicrucien, qui ne se limite pas à la simple croyance en Dieu, constitue un véritable vecteur de paix.

Construire la paix

 

    Quoi qu'il en soit, à l'image de l'humanité, chacun en règle générale aspire à la paix, dans la mesure où elle répond à un besoin profond de la nature humaine. C'est ce qui en fait un souhait si couramment exprimé, au point que le mot « paix » s'intègre à des formules de politesse dans diverses contrées du globe, notamment en Afrique où il fait office de salutation, et naturellement de réponse usuelle. C'est bien la preuve que l'être humain n'est pas fait pour longtemps endurer des situations conflictuelles. Du reste, lorsqu'elles adviennent, il ne ménage aucun effort pour trouver des voies lui permettant de les surmonter. Plutôt que de rechercher ces voies après coup, il peut paraître avisé d'y recourir a priori, grâce à l'adoption de comportements susceptibles de prévenir les potentiels conflits et, le cas échéant, de les transcender.

 

    A la lumière de tout ce qui précède, ces comportements devraient conduire chacun à expérimenter positivement sa condition humaine, en s'inspirant de « l'intelligence du cœur ». Compatibles avec autant que possible de bienveillance, de tolérance, d'intégrité et en un mot d'empathie, de tels comportements rendent l'artisan de paix prompt à s'impliquer, pour concrètement agir au service de la paix et « la tresser » de ses mains. En réalité, ils lui sont inspirés par des valeurs inhérentes à son « humanité », ainsi qu'à sa propre élévation mentale et spirituelle.

 

    Or ces valeurs, et bien d'autres de la même nature, sont inculquées par l'éducation de base, à un âge où chacun y est encore relativement réceptif. Elles sont également transmises par la formation personnelle à laquelle chacun, à divers titres, a toujours la latitude de se soumettre. Facteurs d'équilibre personnel sur les plans mental et psychologique, ainsi que de stabilité sociale, l'éducation et la formation assurent l'éveil aux valeurs susvisées, tout comme la culture de la paix elle-même. C'est pourquoi toutes deux ont une influence décisive dans l'édification de la paix.

 

    Néanmoins, aussi bien l'éducation de base que la formation personnelle auraient tout intérêt à inclure une compréhension métaphysique des choses qui ne se limite pas aux questions de savoir si Dieu existe et si l'on croit en Lui ou non, car toute réflexion faite, s'il ne se trouve pas de preuve scientifique de Son existence, il en est de même de Son inexistence. Transcendant cette approche quelque peu réductrice des choses, ces expériences pourraient transmettre un enseignement axé davantage sur l'art de mener une existence plus conforme aux lois divines, et qui n'en serait pas moins humaniste. En effet, toute orientation spiritualiste digne de ce nom conforte généralement une conduite humaniste, dans une complémentarité harmonieuse et à même d'inspirer des choix pacifistes. Une telle complémentarité incite à des agissements privilégiant des idéaux tels que la quête de la sagesse, la culture de la paix, la préservation de la nature, l'attachement au bien, au beau et au vrai, le sens du sacré, la fraternité et l'amour.

 

    C'est en cela qu'un artisan de paix se doit d'être à la fois humaniste et spiritualiste, sans manquer d'associer à cette double dimension une dose raisonnable d'estime de l'humain qu'il est lui-même, ainsi qu'une constante préoccupation de se parfaire. Ce faisant, il s'inscrit opportunément dans la destinée humaine de perfectionnement de soi, mise en lumière depuis l'Antiquité, par les plus grands philosophes et sages. Il illustre enfin l'une des Béatitudes enseignées par le Maître Jésus, à savoir : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Peut-être faut-il voir dans cette appellation l'évocation de la double dimension précitée, à travers l'union d'une référence purement humaine à une autre d'ordre spirituel et liée à la divine Cause première.

 

    En conclusion, il faut souligner qu'à l'instar de la guerre, la paix n'est ni une fiction, ni une prédestination, ni encore moins un hasard. Du ressort de l'homme lui-même, elle est édifiée ou remise en cause, principalement par la façon dont il pense, parle et agit au quotidien, tant il est vrai que « La paix, ce n'est pas un mot, c'est un comportement. »

 

    Par conséquent, tout agissement focalisé à l'excès sur des intérêts individualistes et matérialistes est susceptible de la compromettre, ainsi que le dénotent les douze affirmations du Credo de la paix. Il en découle, pour qui veut activement contribuer à la paix, que l'option s'avère incontournable d'une conduite dictée par des vertus similaires à celles que met en lumière chacun des dix points de la Contribution rosicrucienne a la paix. Dès lors, l'artisan de paix n'a d'autre choix que celui, d'une part, de tout mettre en œuvre pour ne pas se rendre « coupable de guerre », et d'autre part, de refléter dans son action, autant que faire se peut, ces vertus d'humanisme et de spiritualité. Celles-ci consacrent en effet l'idéal éthique, c'est-à-dire l'idéal de comportement, dont la paix est tributaire. Elles sont d'autant plus salutaires qu'elles se révèlent indissociables du perfectionnement de soi, lequel s'apprécie par la manifestation des plus belles qualités humaines, naturellement inspirées par l'âme.

 

    Aussi est-ce par cet idéal éthique que l'humanité, encore menée vers des lendemains incertains par son excès d'individualisme et de matérialisme, pourrait se réorienter et changer de cap, dans la poursuite de son évolution. C'est avec un tel idéal qu'elle pourrait en le faisant, réintégrer les éléments de sagesse indispensables à sa nécessaire et urgente régénération. C'est enfin dans le même idéal qu'elle est à même de puiser les ressources propres à lui assurer un avenir meilleur, d'où l'intérêt majeur des choix individuels et collectifs qu'elle gagnerait à opérer, pour mieux se porter et s'établir durablement dans la paix.

 

  

   

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Revue Rose+Croix - Été 2017